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Le billet de la semaine
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L’élève, un être en construction
24/06/2009
      Depuis quelques mois, deux modèles de professeurs ont été portés au cinéma. D'un côté le professeur-copain du film Entre les murs qui se veut proche de ses élèves mais ne leur apprend pas grand-chose ; et de l'autre le professeur de La journée de la jupe qui n'a d'autre moyen pour apprendre Molière à ses élèves que de les prendre en otage. Ces personnages de fiction illustrent, parfois jusqu'à la caricature, les dérives de l'Éducation nationale. Nous y voyons le résultat de politiques éducatives qui nient la spécificité de l'enfant.

      Ces ravages sont souvent constatés dans la maîtrise du français. Même les plus fervents défenseurs du système actuel reconnaissent que, dans le domaine de l'orthographe et de la grammaire, le niveau des élèves a bien baissé. Ce faible niveau orthographique est constaté périodiquement par le collectif «Sauver les lettres». Évaluant le niveau des élèves entrant en classe de seconde, ils ont relevé que 58% ont obtenu zéro à une dictée d'une douzaine de lignes, de difficulté moyenne. «Sauver les lettres» explique ces résultats par les politiques éducatives suivies : «Les instituteurs ont été sommés de procéder par "imprégnation", par "immersion" comme s'ils avaient affaire à des adultes étudiant une langue étrangère. Surtout pas d'exercices répétitifs ni de par cœur. Le répétitif n'est admis que pour la pratique des sports et pour les musiciens!»

      Nous le voyons avec la question de l'orthographe, le faible niveau des élèves tient à la manière dont ils sont considérés. Au nom d'idées progressistes qui se sont imposées à partir des années 1970, l'élève doit être considéré comme un adulte en miniature, capable de construire par lui-même ses savoirs. Ces considérations d'apparence généreuses nient en réalité la nature profonde de l'enfant : il est un être en construction qui a besoin de règles, de limites pour grandir. L'apprentissage d'une langue ne se fait pas par simple imprégnation ou par activation de caractères innés comme pour les animaux. Il demande un travail soutenu des élèves et une grande implication des professeurs. Cette manière de fonctionner est encore jugée rétrograde par de nombreux enseignants et par la grande majorité de leurs représentants syndicaux. Pourtant, d'autres enseignants ont tiré les leçons des échecs de ces pédagogies et proposent de revenir à l'essence même de l'instruction primaire : apprendre à lire, écrire, compter et calculer. Ils veulent en premier lieu s'assurer que leurs élèves maîtrisent leur propre langue. Sans cette maîtrise, les élèves auront de plus en plus de difficultés à recevoir toute nouvelle connaissance et, pour certains, n'auront que la violence comme moyen d'expression.

      De nombreux professeurs souffrent de voir de tels élèves complètement perdus dans leurs classes. Au lieu de se résigner, ils mettent leurs élèves au travail, comme cet enseignant qui témoigne sur un des nombreux blogs consacrés à l'éducation :
       «Personnellement, je ne lâche pas la barre. [...] J'encourage, je relance, je félicite, j'en rajoute, j'en fais des tonnes, je théâtralise, j'engueule parfois, bref j'essaie de m'adapter et de lutter pour que tous les gamins qui sont devant moi apprennent quelque chose et y trouvent du plaisir.»
      Quelle autre preuve d'intérêt pour ses élèves un professeur peut-il donner?
GUILLAUME TETART, professeur d'Histoire dans le secondaire            

paru dans Permanences N° 460 mai 2009 Quel avenir pour la jeunesse ?

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