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Le billet de la semaine
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Beaux parents ?
18/03/2009
      Le Président de la République a annoncé le 13 février l’examen au Parlement d’un projet de loi sur le statut du beau-parent pour «reconnaître des droits et des devoirs aux adultes qui élèvent des enfants qui ne sont pas les leurs avec le même amour que s’ils l’étaient».

      L’apparente générosité de la mesure est trompeuse d’autant que, pour l’immense majorité des familles, il n’y a aucun besoin de créer un nouveau statut pour «des tiers qui vivent au domicile d’enfant dont ils ne sont pas les parents». La loi du 4 mars 2002 a déjà donné aux parents la possibilité de déléguer une part de leur autorité à un tiers «membre de la famille, proche digne de confiance». Et si jamais les parents, déficients dans leur rôle ou empêchés de l’exercer, ne demandent pas eux-mêmes cette délégation, «le particulier (…) qui a recueilli l’enfant peut également saisir le juge aux fins de se faire déléguer totalement ou partiellement l’exercice de l’autorité parentale». La délégation d’autorité parentale est ainsi déjà prévue et prudemment encadrée. Le vide juridique invoqué ne saute donc pas aux yeux et l’urgence tout à coup déclarée sur cette question surprend, d’autant que les dangers pour l’enfant, dans ce projet, ne sont pas absents.

      En effet, ce texte irait très loin en créant une nouvelle catégorie de «parents». (…) Pour ceux qui sont mariés, les beaux-parents, ce sont les parents du conjoint. Par extension, dans le langage courant, le mot désigne aussi le conjoint ou la conjointe du père ou de la mère d’un enfant. Mais en aucun cas un «tiers», sans autre définition, ne peut être appelé «beau-parent». Pour un enfant, accorder un statut à un «tiers» n’a aucun sens. Un enfant sait qu’il a des parents. Il peut arriver que ses parents ne vivent plus ensemble, pour des raisons subies ou choisies, et que l’un ou l’autre décide de vivre avec un nouveau conjoint. Mais l’enfant a toujours des parents, quelle que soit la forme du lien recréé, quelle que soit la qualité d’amour des uns et des autres à son égard. Il est déjà souvent compliqué, pour cet enfant, de parvenir à créer de nouveaux repères dans ces formes de vie familiale mouvante. Accorder un statut à un «tiers», c’est prendre le risque des origines.

       Quant aux parents, ils ont déjà parfois bien du mal à exercer leur autorité parentale. Les couples séparés savent à quel point il est important de maintenir autour de l’enfant un climat de confiance et de clarté. Beaucoup y veillent. Beaucoup, s’ils retrouvent un autre conjoint, tentent avec délicatesse et douceur de ne pas imposer à l’enfant ce qu’il ne pourrait comprendre, de ne pas remplacer son père ou sa mère par ce nouvel adulte qui fait son entrée dans la cellule familiale. Ces parents-là n’ont pas besoin d’un statut. La loi de 2002 est là, aussi, pour eux, si la situation rend nécessaire des aménagements. Dans le cas où la situation, hélas, est conflictuelle, ce texte ne fera qu’exacerber encore les difficultés, de mettre à l’écart le parent qui n’a pas la garde de l’enfant.

      Mais alors qui cherche-t-on à satisfaire ? Il me semble bien que cela vienne surtout des pressions exercées par quelques associations militantes qui revendiquent la possibilité de créer un nouveau type de «parentalité» adaptable aux couples de personnes de même sexe. Ces sont les intérêts de quelques adultes que l’on sert et non l’intérêt des enfants.
Béatrice Bourges
Porte-parole du Collectif pour l'Enfant.
Les droits de l'enfant avant le droit à l'enfant.
***
(extraits d’une tribune parue dans le Figaro du 5 mars 2009)


Collectif pour l'enfant


L'association pour la protection de l'enfance

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