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Le billet de la semaine
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Bref retour sur le passé pour éclairer l’actualité
11/03/2009
par le Général Jean Delaunay ( en 2° Section)             


      Tireur au fusil-mitrailleur en 1944, c’est sans états d’âme que je vidais mes chargeurs sur les Allemands qui, à ma honte, avaient envahi notre pays en 1940. J’étais cependant sans haine.

      Dix ans plus tard, je commandais un escadron de chars en occupation dans le Palatinat. Deux officiers de mes amis avaient été déportés. Me révélant sobrement les horreurs subies dans les camps de la mort, ils m’ont appris à ne manifester aucun ressentiment vis-à-vis de la population. Au contraire, ils étaient les premiers à saluer le début du relèvement de la RFA.
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      En 1959, ma promotion de l'Ecole de Guerre fût reçue officiellement à la Fuhrungs Akademie d’Hambourg. À cette occasion, on autorisa nos homologues allemands à porter, pour la première fois depuis 1945, leurs Croix de Fer durement gagnées au combat.
      Aux repas, nous nous retrouvions face à eux, mais cette fois en camarades… 15 ans après nos sanglants affrontements 1942/45.
      Nous, Français, leur racontions la guerre révolutionnaire que nous venions de mener en Indochine et en Afrique du Nord. Les Allemands, pour la plupart, récents rescapés des Goulags de Sibérie, nous donnaient leurs impressions sur l’Union Soviétique, vue par son côté le plus détestable.
      Au retour de ce voyage, sans renier, ni nos engagements passés, ni nos morts, nous mesurions mieux la folie collective de ces trois guerres successives «entre cousins», alors que les vrais dangers qui nous menaçaient, les uns et les autres, étaient ailleurs…
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       C’est tout cela que je rappelais au Chef d’Etat Major de la Bundeswehr, lors de la visite officielle que je lui faisais en 1980, en tant que nouveau CEMAT, en me réjouissant que, d’ennemis, nous soyons devenus de cordiaux alliés.

       Cette pensée ne me quitte pas depuis, même si j’appréhende un peu que l’Allemagne nouvelle, à la population plus nombreuse et plus disciplinée que la nôtre, et au tissu industriel plus serré, ne pèse maintenant d’un poids un peu trop lourd par rapport à nous, en Europe et dans le monde…
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      En ce qui concerne le stationnement annoncé d’un bataillon Allemand en Alsace, il ne m’indigne pas, dès lors que, il y a quelques années, mon propre fils commandait un régiment Français… en Sarre. La roue tourne ! Ce qui m’inquiète en revanche, c’est la nouvelle déflation de notre armée de terre alors que les périls n’ont pas disparu et que, d’OPEX en Vigipirate, nos maigres unités sont, à mes yeux, abusivement sollicitées.
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      En ce qui concerne le retour de la France dans l’OTAN, je me borne à évoquer un souvenir personnel.
      Colonel dans les années 70, j’étais l’un des représentants terre Français lors des réunions périodiques d’état-major avec nos partenaires de FINABEL (1) et de l’OTAN destinées, dans mon cas, à comparer et évaluer nos concepts opérationnels. A chaque fois, avant de partir, je demandais des instructions et l’on me répondait en substance : «Pas de consignes précises. Faites au mieux pour occuper le terrain sans faire de vagues, en attendant un éventuel changement de cap politique...»

       De fait, j’ai essayé de faire au mieux mais j’atteste que c’était, pour moi, une situation inconfortable que d’être assis sur une chaise que, d’une part, le Chef de l‘Etat ne tenait pas à laisser vide alors que, d’autre part, il craignait sans doute d’être considéré comme traître à la notion Gaullienne d’Indépendance Nationale.
      Cet inconfort, je l’ai ressenti, dix ans après, avec encore plus d’acuité quand j’ai participé à Bruxelles avec les autres hauts responsables militaires alliés à des réunions au sommet où nous étions, nous Français… sans y être à part entière… et sans participer à la décision.

       Il me semble que la conclusion de ce simple témoignage s’impose d’elle-même…
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(1) Finabel comme France, Italie, Nederland, Allemagne, Belgique et Luxembourg, une organisation qui voulait alors préparer l’Europe de la Défense

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