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Le billet de la semaine
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Ne tirons pas sur les ambulances !
07/01/2009

      Je reprendrais volontiers le beau titre de Philippe Labro : « Les héroïnes du quotidien » dans son article du Figaro du 5 janvier pour m’associer à lui dans l’hommage rendu aux infirmières alors que leur profession est en train d’être décriée à la suite de deux accidents hospitaliers, mortels donc a priori scandaleux.
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A ce douloureux dossier, je me bornerai à verser trois témoignages personnels.

      Je suis d’abord le fils d’une infirmière de la Grande Guerre. Elle s’était engagée en août 1914, sans préparation, alors que son fiancé partait au front et qu’elle ne voulait pas attendre passivement son retour. (Il a d’ailleurs été tué très vite et elle a épousé en 1920 mon père qui avait eu, lui, la chance d’en revenir.) Aux humbles récits de ma mère, j’ai mesuré le dévouement de ces milliers de femmes qui se sont dépensées sans compter pendant quatre ans pour soulager les souffrances de nos poilus blessés qui venaient de connaître l’horreur des tranchées. Les techniques médicales étaient alors moins évoluées qu’aujourd’hui et il leur fallait compenser par des centaines de gestes accomplis avec amour la faiblesse des moyens de lutte contre l’infection et la souffrance, d’où, pour elles, formées sur le tas, un travail harassant accompli dans une ambiance éprouvante. En même temps, leur soutien moral, leur sourire, leur gentillesse étaient d’autant plus nécessaires à leurs patients.
       J’ai indirectement bénéficié de sa rude préparation à la vie et, enfant, j’ai admiré en elle à la fois une immense abnégation, doublé pour nous par sa tendresse, et un grand sang froid dans les circonstances les plus graves, comme l’exode de 1940.
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       Ensuite, grièvement atteint moi-même en Indochine, le typhus de brousse s’étant greffé sur mon amputation, j’atteste que je n’ai survécu que grâce à l’admirable dévouement opiniâtre de mes infirmières - et notamment de l’une d’entre elle qui a réussi, avec ma bonne nature, à me sortir du coma et à me remettre sur pied - alors qu’elles avaient des dizaines d’autres blessés en charge.
       Je leur voue une immense reconnaissance. Je la dois aussi à leurs jeunes collègues qui m’ont merveilleusement soigné lors de quatre sérieuses opérations récentes.
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       Enfin et surtout, père douloureux d’une petite fille que nous avons vu autrefois mourir sous nos yeux à l’hôpital, j’ai pu mesurer la compétence, l’énergie et la sollicitude des médecins et des infirmières qui se battaient contre la mort, à nos côtés. A ce titre, je peux comprendre et partager la souffrance des familles semblablement frappées, ces jours-ci, alors que, paraît-il, des erreurs techniques auraient été commises. Je m’unis cependant aux voix qui réclament surtout de l’indulgence et de la reconnaissance pour ces femmes et ces hommes chargés au quotidien d’une immense responsabilité et qui font de leur mieux.
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       De grâce, ne tirons pas sur les ambulances (fût-ce avec des mots) et, encore moins, sur les infirmières...
Jean Delaunay                   
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