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Le billet de la semaine
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La Marseillaise, le camping et le Secrétaire d'Etat.
26/11/2008


      Je ne suis pas d’accord avec le point de vue de notre Secrétaire d'Etat aux Sports sur la Marseillaise jouée dans les stades.
      D’abord, je regrette que la petite campagne menée par quelques anciens animateurs d'Associations de Jeunesse n’ait pas été entendue par les journalistes qui lui donnent toujours le titre de Secrétaire d'Etat à la Jeunesse.
      Or, il ne l'est, à nos yeux, ni par ses fonctions, ni par ses intérêts, ni par son passé. Quand on s’intéresse surtout au sport professionnel, celui du foot-fric et de ses salaires éhontés, on ne peut pas prendre sérieusement en charge la sociabilisation de la jeunesse. Au sens où nous l’entendons, c'est l'éducation à la vie solidaire, à la maîtrise des intérêts personnels, à la soumission de l'individu aux règles, aux joies et aux peines de la vie communautaire. La jeunesse a besoin de parents attentifs et d'éducateurs dévoués, elle n'a pas besoin d'un homme d'affaires, si tant est qu’elle ait besoin d'un Ministre ...
      Quand on siffle La Marseillaise dans le grand cirque des nantis du sport professionnel (ce que nous condamnons et qui prouve la non adhésion à notre conception de la Nation…) la leçon à en tirer n'est pas celle de notre Secrétaire d’Etat. A l'encontre de ses idées, je lui suggère de supprimer l'hymne national dans toutes les rencontres sportives. D’abord, parce que les footballeurs ne sont pas représentatifs de la Nation et que le sort de la France ne se joue pas au stade de Saint Denis… En seconde raison, et à nos yeux, déterminante, par ce que, pour bien user de « La Marseillaise », il faut avoir compris ce qu'est un symbole national, avoir été éduqué à le porter en soi et se plier à ses exigences, en accepter le message. Ce n’est sans doute pas le cas des foules rassemblées par le sport professionnel.
      En contrepartie, je propose que le Chef de l’Etat fasse composer par un grand musicien un hymne au sport qui serait joué au début de toute grande rencontre. Ce serait l'hymne de tous et non celui de la moitié du stade. Il parlerait non plus d'un sang impur mais des sentiments purs développés par le sport : l'altruisme, la joie de maîtriser son corps et son esprit pour les mettre au service des autres, d’une petite ou d'une grande équipe. Il serait un élément de détente et non de crispation, il éviterait, par sa musique et ses paroles, une montée de haine supposée être une adhésion sportive, nationale, régionale ou locale.
      Mais on connaît la perversité du sport professionnel. Elle amène à créer des associations de supporters haineuses pour souder des individus chez lesquels on fait naître l'esprit de partisans obtus. On ne leur propose pas de lutter avec plaisir et courtoisie mais de s'opposer avec aveuglement. On ne leur dit pas qu'en ce domaine, s'il existe des gagnants, il faut bien qu'il y ait des perdants. Non ! On laisse entendre aux foules naïves qu'il ne doit y avoir QUE des gagnants. De cette invitation à la victoire permanente naît chez les supporters une frustration imbécile et violente. La cristallisation des haines, voilà ce qui résulte de ces méthodes.
      Elles ne semblent faites surtout pour vendre des foulards et des gadgets par lesquels une signature de star reproduite à un million d’exemplaires rapporte beaucoup. Elles sont les clientes et les annexes de juteuses Sociétés commerciales. Les clubs professionnels sont les modernes danseuses de magnats de l'industrie qui y dépensent des fortunes pour qu'on parle d'eux. Aussi suggérions-nous plutôt le rattachement du sport professionnel au Ministère du Commerce et de l'Industrie !
      A l’inverse, il existe des Associations de Jeunesse où se dévouent encore aujourd'hui des milliers de bénévoles. J'y ai commencé mon engagement en emmenant (sans subvention et sans salaire) des « Cœurs Vaillants » dormir sous la tente, sur un terrain en pente prêté par un paysan. Nous n'avions pas l'eau courante et nous descendions à la rivière avec nos enfants pour qu'ils s’y débarbouillent et lavent leurs gamelles. Nous sommes nombreux à avoir ainsi fait nos classes, nous, anciens dirigeants de grandes Associations patronnées par le Ministère de la Jeunesse et des Sports
      Croyez-en un vieux militant de la cause de l'enfance et des jeunes, c’est cet esprit là qu’il faut ressusciter.
Jean Lie Sen Lie
Ancien Président National de l’Union Française des Centres de Vacances
A méditer par supporters des équipes nationales de football
« Il y a deux patriotismes : un qui se compose de toutes les haines, de tous les préjugés, de toutes les grossières antipathies que les peuples abrutis par des gouvernements intéressés à désunir nourrissent les uns contre les autres. Ce patriotisme coûte peu : il suffit d'ignorer, injurier et de haïr. Il en est un autre qui se compose au contraire de toutes les vérités, de toutes les facultés, de tous les droits que les peuples ont en commun et où chacun, chérissant avant tout sa propre Patrie, laisse déborder ses sympathies au delà des races, des langues et des frontières. »
Alphonse de Lamantins, discours sur l'esclavage , 1848 .


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