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Le billet de la semaine
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Une croix de guerre… sur une décharge
19/11/2008

      Lors des cérémonies du 11 Novembre dernier, la présidente de l’association des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire de ma ville m’a apporté un précieux document abandonné dans des conditions scandaleuses.

      Il s’agit d’un cahier cartonné sur la couverture duquel quelqu’un a pieusement collé une Croix de Guerre 1939/45 avec étoile de vermeil. Il rassemble les notes prises sur le vif, au jour le jour, par un jeune caporal appartenant aux Forces Françaises Libres engagées dans les durs combats de Libye, de Tunisie et d’Italie 1941/44. Il s’achève sur une évocation du débarquement de la 1ère DFL, le 15 août 1944, en Provence, et de la bataille devant Toulon.
      Une main anonyme a ajouté in fine : « L’auteur, le Caporal Jacques BARDET, a été tué le lendemain, lors de la prise de Toulon… »

      Ce cahier a été remis à mon interlocutrice par la fille d’un Ancien Combattant de son village qui le détenait depuis des années… l’ayant trouvé sur la décharge municipale...
      A sa mort, la jeune femme a tenté en vain de retrouver, dans la région, des traces de la famille du soldat en cause et, n’y étant pas parvenue, a eu l’idée de remettre le précieux document à une personne décorée de la Légion d’Honneur et de la Médaille Militaire dont elle savait qu’elle le traiterait, elle, avec respect.
***

       En ce qui me concerne, je l’ai déjà indiqué ici, j’ai recopié et mis au net, l’an dernier, les carnets de guerre manuscrits de mon ami Jean Lapouge, chef de section de Tirailleurs pendant les campagnes de Tunisie et d’Italie. Cela lui a permis, avant de mourir il y a quelques mois, de faire éditer son livre «De Sétif à Marseille 1942/44».
      Je cherche un(e) volontaire pour rendre le même genre d’hommage (posthume, cette fois) au Caporal Bardet et réparer l’injure qui a été faite à sa mémoire et, plus généralement, à celle de nos Morts.
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      Au moment où, 90 ans après l’Armistice, la France vient, à juste titre, de célébrer, de manière particulièrement digne et spectaculaire (1), le sacrifice héroïque de nos Poilus, je considère la mise au rebut de ce cahier comme tristement significative.
      Il s’est donc trouvé, entre 1945 et aujourd’hui, quelqu’un de chez nous assez ignorant, assez stupide ou assez mal intentionné pour méconnaître ou mépriser un document représentant des heures de prises de notes opiniâtres par vent de sable et sous les obus de l’Afrika Corps...
      Ce misérable inconnu n’a même pas été capable d’identifier et d’apporter à la Mairie une décoration de chez nous, celle dont nous savons, nous, qu’elle représente la modeste reconnaissance d’innombrables heures de garde, la peur au ventre, aux avant-postes dans les nuits glaciales du désert, de patrouilles dans un no man’s land truffé de mines, de conduite d’un véhicule bourré de munitions sur des pistes défoncées et sous la menace des Messerschmidt…
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      Alors qu’on nous parle beaucoup du Devoir de Mémoire, cet attristant fait divers révèle qu’il y a encore beaucoup de travail éducatif à faire auprès de nos concitoyens, jeunes et peut-être moins jeunes, pour réapprendre aux hommes et femmes d’aujourd’hui, au minimum le respect du passé et, si possible la reconnaissance à marquer à ceux qui ont lutté, qui ont souffert et qui sont morts hier pour que leurs descendants vivent libres.
Général Jean Delaunay (en 2ème section)

(1) A cet égard, j’avoue avoir été surpris par l’évocation officielle un peu trop appuyée, selon moi, des fusillés de 1914/18. Cela confirme, à mes yeux, la fréquente différence des points de vue politiques et militaires. Par ailleurs, je sais que la guerre est affreuse et que des injustices y ont souvent été commises, y compris par moi, peut-être, sous la pression des circonstances. Cela dit, la douloureuse honte des familles en cause venant d’être ainsi atténuée, sinon lavée, au plus haut niveau, il reste beaucoup de pardons à accorder concernant la douloureuse période 1940/1962. J’espère que le geste politique qui vient d’être accompli annonce une série d’autres marques de générosité susceptibles de désamorcer bien des rancunes rémanentes...

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