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Le billet de la semaine
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La réaction d’un étudiant d’HEC à notre billet du 24
01/10/2008
       Je ne suis pas non plus un spécialiste de la chose financière, ayant plutôt un profil généraliste qu'un profil financier. Cela dit, je me permets quelques remarques :

- de ce que je sais de Kerviel, il ne serait pas le seul dans son cas ; il serait plutôt un bouc-émissaire

- je partage votre analyse de la déconnection sphère réelle / sphère financière ; j'ai souvenir qu'en classe préparatoire, nous étions encouragés à faire la même analyse dans nos dissertations traitant des risques de l'économie contemporaine.

- nous n'avons effectivement pas de formation éthique en tant que telle, en tout cas à HEC. Cependant, dans mon cas et à partir de ce que je sais des autres écoles de commerce, il y a comme une tentative d'éduquer l'étudiant dans la totalité de sa personne, comme vous l'écrivez. Je m'explique : l'étudiant d'école de commerce bénéficie d'un incroyable champ des possibles. Il peut mener un tas de projets et cela est facilité par les sponsors et autres appuis financiers, ainsi que par une mentalité plutôt entrepreneuriale qui règne sur les campus. Il est donc encouragé à aller sur le terrain, à s'investir dans des projets. Une grande majorité des étudiants s'est investie pendant sa scolarité dans un projet humanitaire ou dans un service. Bien sûr, on connaît les limites des projets humanitaires qui reposent parfois davantage sur un désir de jouer au touriste. Mais je ressens chez beaucoup de mes camarades l'envie de faire quelque chose d'utile, de changer le monde à leur niveau. Les projets à caractère "humanitaire" sont très variés : s'occuper des jeunes en banlieue, donner des cours en prison, développer le micro-crédit en Inde, construire une Ecole dans un pays en difficulté, etc.
      A HEC, nous avons également accès à des cours, dits "électifs", obligatoires mais à la carte, qui nous enseignent des matières beaucoup plus humanistes que la comptabilité. J'ai, par exemple, suivi des cours sur le cinéma ou sur la peinture anglaise.

      Néanmoins, il y a parfois une schizophrénie chez les étudiants, qui rêvent de changer le monde et qui tiennent des discours très beaux sur tel ou tel sujet, mais qui ont des comportements déplorables.
      Tenue en soirée, alcool, tricherie extrêmement généralisée et dédramatisée... bref, nos écoles peuvent parfois ressembler à des temples du relativisme. Je m'inquiète en songeant à leur attitude quand ils seront en entreprise : quand on a pris le pli d'utiliser un travail de l'année précédente et d'un autre élève, d'en modifier la police et les couleurs pour le rendre au professeur en son nom propre, le pas est facile à franchir pour truquer les chiffres, une fois en entreprise. Ma critique est d'autant plus facile que je n'ai pas encore eu l'occasion de travailler en entreprise.

      Pour conclure, oui, il y a du gâchis dans ce qu'on fait des étudiants d'école de commerce. Les deux ou trois ans passés en classe préparatoire sont des années merveilleuses qui nous forment à réfléchir, et d'une manière très aigüe. Ce potentiel n'est pas assez exploité en école de commerce. De plus, l'unité de vie n'est pas encouragée, bien au contraire (même si depuis trois ans, HEC essaye de limiter les comportements déviants, notamment l’alcool et l’absentéisme).
      Cependant, il y a une énergie extraordinaire chez les étudiants qui se démènent pour entreprendre un tas de projets et chez la plupart d'entre eux, on sent un fort désir d'être utile au plus faible. Je ressens aussi chez beaucoup d'amis d'HEC, un désir d'avoir un enseignement riche intellectuellement.

       Voilà, j'espère vous avoir dépeint assez fidèlement ce que je connais des écoles de commerce.

       Bien cordialement.
BT


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