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Le billet de la semaine
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Le testament de Soljénitsyne
13/08/2008
      Pour moi, l’écrivain russe Alexandre Soljenitsyne, qui vient de nous quitter, est, au-delà de son talent littéraire, l’un des hommes les plus courageux et les plus lucides de la période contemporaine.
      Son courage, il l’a montré à la fois comme soldat, comme zek (déporté) et comme écrivain. Combattant avec une grande bravoure comme officier lors de la guerre 1941/45, il fut blessé deux fois et décoré, ce qui ne l’a pas empêché d’être, à la fin de la guerre, jeté en prison pour délit d’opinion, envoyé au Goulag, assigné à résidence et interdit d’écriture.
      Moyennant quoi, ce grand patriote convaincu de sa responsabilité d’écrivain, a eu l’audace de braver le pouvoir soviétique en dénonçant à maintes reprises le système d’oppression et la police de la pensée en vigueur dans son pays. Universellement connu depuis la parution de ses premiers ouvrages et d’autant plus persécuté en URSS, il a obtenu le Prix Nobel en 1970 pour son« Archipel du Goulag » publié clandestinement à l’étranger.
      En 1974, il contre attaque en diffusant l’appel de Moscou, exhortant ses compatriotes « à ne plus vivre dans le mensonge ». Contrairement à tant d’autres moins connus, le régime n’ose pas faire disparaître cet homme célèbre qui est déchu de la nationalité soviétique et expulsé.
      Réfugié aux USA, il continue là bas ce qu’il croit être sa mission de prophète moderne en continuant à dénoncer la dictature rouge tout en stigmatisant la matérialisme et la lâcheté de l’Occident.
      Le passage suivant, extrait du fameux discours d'Harvard de 1978, est particulièrement révélateur de son état d’esprit.

       "Le déclin du courage est peut être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l'Occident d'aujourd'hui. Le courage civique a déserté, non seulement le monde occidental dans son ensemble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis, ainsi que, bien entendu, l'Organisation des Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d'où l'impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu'ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d'agir, qui fonde la politique d'un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu'on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu'à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d'un accès subit de vaillance et d'intransigeance, à l'égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l'Internationale de la terreur.
       Faut - il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin ? "

***
      Bien entendu, un tel langage lui a valu des quantités d’adversaires à l’Est comme à l’Ouest. Il n’empêche qu’après avoir contribué à sa façon, et avec d’autres comme le Pape Jean Paul II, à l’implosion du système soviétique, il est revenu en Russie où il a d’abord été accueilli comme un héros national… avant de dénoncer les abus du nouveau régime…

       Prophète et martyr de la vérité, modèle de courage moral et physique, d’un immense talent et d’une totale liberté d’esprit, Soljénitsyne était, comme nous, très attaché aux valeurs fondamentales qui permettent à l’homme et aux sociétés de tenir debout.
      A ce titre, il mérite de rester dans nos mémoires.
Jean Delaunay


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