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Le billet de la semaine
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Des camps légers au CD2C
30/04/2008
      En 1945, après la victoire, le Général de Lattre nous confiait une nouvelle mission, à nous qui, sortant de la guerre, venions d’être nommés officiers. «Il s’agit, nous disait-il, de donner à la jeunesse française, à travers le service militaire, un complément d’éducation physique, civique et morale »... A cet effet, loin des casernes, il nous imposait de vivre en camps légers...
       En plus des dures guerres que nous avons menées, de 1946 à 1962, c’est sur cette impulsion de départ que les militaires de ma génération ont conçu et mené leur action.

      C’est ainsi que, 40 ans après, j’ai répondu à M. Chirac, alors maire de Paris et candidat à la Présidence, quand il m’a personnellement interrogé sur la suppression de la conscription qu’il envisageait déjà. Je lui ai répondu en substance : « Donnez à mes successeurs les moyens de rendre le service militaire plus égalitaire et plus tonique pour tous. Mais ne le remettez pas en cause !…»
       Des considérations d’un autre ordre ont prévalu et on est passé à l’armée de métier...

      Cependant, sous l’aspect, notamment, brassage social et école de discipline, on n’a pas tardé à ressentir un manque. Des voix se font même entendre, de divers côtés, pour qu’on recrée, sous une autre forme ce qu’on a détruit, un service civil, étendu, cette fois, aux filles.

       La conjoncture étant mauvaise, les moyens manquent apparemment pour réaliser ce projet mais on s’aperçoit que, en dépit des calomnies antimilitaristes, classiques dans ce pays, les bonnes vieilles méthodes militaires avaient du bon, notamment à l’égard des jeunes en difficulté dans le domaine psychologique, social et scolaire - et souvent dans les trois à la fois.

      Pendant près de vingt ans, l’organisation JET (1) a contribué à réinsérer de jeunes délinquants primaires, volontaires, au cours de stages en internat fortement encadrés par des officiers et sous-officiers d’active, organisés dans la nature. Ils étaient centrés sur le sport, le travail manuel et l’acquisition de réflexes élémentaires de vie sociale. La préparation au permis de conduire constituait une carotte supplémentaire susceptible d’attirer des vingt ans…
       Les résultats obtenus étaient à la hauteur des efforts consentis par nos cadres. Malheureusement la réduction drastique du format de l’armée a provoqué la cessation des activités de JET.

       Depuis 2005, l’esprit en a été repris sous la forme du dispositif Défense Deuxième Chance (CD2C) offrant des possibilités de réinsertion à des jeunes de 18 à 21 ans en difficulté.
       L’encadrement est confié à des militaires en retraite et la formation scolaire est assurée par des enseignants. Les effectifs concernés sont encore trop réduits (la calomnie antimilitariste n’y est sans doute pas étrangère…) et un tiers des stagiaires abandonne en cours de parcours mais 75 % des jeunes qui acceptent de jouer le jeu s’en sortent bien.

       Comme quoi, de Lattre avait raison. Autant et plus que d’autres corps de la nation, l’armée génère les hommes et capitalise l’expérience nécessaire pour, si on le lui demande, donner à la jeunesse le complément d’éducation qui semble actuellement lui faire cruellement défaut.

      Cela dit, il est évident que c’est d’abord aux parents et aux enseignants, qu’il appartient de faire leur métier d’éducateurs. A cet égard aussi, il y a fort à faire.
Jean Delaunay
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1) Jeunes en équipes de travail, association patronnée à la fois par les Ministère de la Justice et de la Défense et crée par l’Amiral Brac de la Périère.
Défense Deuxième Chance (La Documentation française)
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