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Le billet de la semaine
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Conversations
02/04/2008
      C’est sympathique un bon livre, surtout quand on l’a déniché sur les rayonnages poussiéreux d’une bibliothèque familiale.
       Les conversations de deux Michel (Serres et Polacco) à l’antenne de France Info, condensées dans « Petites chroniques du dimanche soir »* est de ceux là.
      Ce livre est la preuve « vivante » (parce que « le mot est un être vivant » ) qu’il est encore possible d’être vif, fin, brillant, engagé mais objectif sans tremper sa plume dans le vitriol ambiant de la critique facile et de la pensée unique.
      Lire ces chroniques est l’occasion d’apprendre chaque semaine un joli mot ou une belle expression ; c’est l’opportunité d’affûter son intellect sur le fusil de la sémantique.
      Et puis, pardon, mais ce Michel Serres, quel bel homme !
Marin, Académicien et philosophe, ses yeux semblent avoir été lavés par la poussière des pistes et le sel des embruns. Face à lui, à peine moins grand, Michel Polacco est interlocuteur discret mais pertinent, faisant de cette conversation - qui pourrait tout aussi bien se tenir dans un salon, un brandy à la main et du jazz sur un vieux gramophone aux oreilles que dans les studios de Radio France - un beau moment d’actualité.

      J’aime bien Michel Serres, il a de l’élégance, du panache, suffisamment de tact pour transformer des données compliquées en leçons de choses, et assez d’audace pour pousser au delà des retranchements les idées préconçues, « le tact dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin » disait Cocteau, on l’aura compris.
       Pour goûter ce livre, il suffit d’être ouvert à tout et de ne se préparer à rien. On y balaie tant de sujets qu’il serait illusoire de prétendre les préparer, d’autant plus que Messieurs Serres et Polacco s’en chargent pour nous.

      Cet ouvrage est un petit condensé de savoir. On y aborde tout mais, essence et défaut d’une chronique, on n’y plonge pas complètement, laissant ainsi au lecteur le choix de travailler, de relire et d’approfondir tel ou tel sujet abordé.
       Il rend libre, ce livre. Libre de lire et d’apprendre là où bon vous semble. Libre de choisir un sujet chéri, ou d’éviter consciemment celui qui vous rebute.
      Etre libre oui, mais pas n’importe comment : en se laissant guider par le philosophe. Et puis savoir que ce Monsieur siège à l’Académie française et qu’il a participé à la réouverture du canal de Suez, aide l’imaginaire à se laisser guider dans les méandres de l’actualité avec l’exquise sensation d’être toujours, quoiqu’il advienne, au faîte des choses !
Matthieu Delaunay
Etudiant
***
*« Petites chroniques du dimanche soir », tome I et II, éditions Le Pommier

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