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Le billet de la semaine
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Lève-toi et marche !
09/01/2008
       C’était un officier musulman de mes chers amis. Je l’avais invité à mon mariage et nous sommes restés très liés depuis, en dépit des drames qui traversèrent sa vie. Blessé sous mes ordres, à l’âge de 30 ans, il était resté lourdement handicapé avec, notamment, une hanche bloquée qui gênait beaucoup sa locomotion. Après avoir servi, pendant 20 ans, la France et l’armée française, il décida, en 1962, de consacrer le reste de sa vie à l’Algérie Indépendante et devint le chef d’un important service de la nouvelle armée Algérienne. Pendant des années, il se consacra de toutes ses forces à sa tâche, ce qui n’empêcha pas les haines et les jalousies de ses pairs, anciens chefs de la rébellion, de se déchaîner contre lui, « rallié de la dernière heure ».
       Cela lui valut un jour, d’être arrêté par la Sécurité Militaire, d’être injustement inculpé d’intelligence avec une puissance étrangère et incarcéré, avant tout jugement, dans une prison du bled, en plein hiver.
       A 1200 m d’altitude, l’air y était glacial et sa cellule n’était pas chauffée... Pour ne pas mourir de froid et donner ainsi satisfaction à ses adversaires, ce musulman pieux se rappela l’ordre de Jésus au paralytique dans l’Evangile et décida, malgré ses douleurs et ses infirmités, de passer son temps à marcher. Sa cellule exigüe ne lui laissait la possibilité que de faire 3 pas dans un sens et 3 pas dans l’autre. C’est pourtant à cette activité qu’il se livra inlassablement pendant des semaines, chaque hiver, pendant 3 ans, tout en alternant la récitation de versets du Coran et de fables de la Fontaine et d’autres poésies pour entretenir son cerveau.
       Au bout de quelques mois, sa paire de chaussures du début était usée, et il obtint d’en faire venir une autre …

       Un beau jour, la porte de sa cellule s’ouvrit et il comparut devant un Tribunal Militaire … qui l’acquitta et le remit en liberté, faute de preuves et sans un mot d’excuses…

       Au cours d’un séjour en France, il vint me voir pour me raconter son histoire. Il était sans haine et m’a dit simplement : « C’est la marche qui m’a sauvé ! ».
( Et il ajouta : « et les visites fréquentes de ma femme …)

       Il vient de mourir et le souvenir de cet homme de bien qui a beaucoup souffert pour et par la France, et pour et par l’Algérie, demeure particulièrement vif et amical dans mon esprit.
Jean Delaunay
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