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Le billet de la semaine
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Les fanfares et les caissières …
02/01/2008
       J’ai, hélas, quelquefois l’occasion de venir à la Cathédrale des Invalides pour prononcer, sinon l’éloge funèbre, au moins le mot d’à Dieu à de grands soldats, mes camarades, qui viennent de mourir. Je m’acquitte de ce devoir d’amitié le plus sobrement possible mais la majesté des lieux et le caractère quasi officiel de ces cérémonies rendent ma tâche assez pesante. Aussi suis-je heureux aujourd’hui de rendre ici un hommage tout simple à mon co beau - père et ami Alan, membre de France-Valeurs, qui vient de nous quitter.
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       Franco-anglais de naissance, il avait été attiré tôt par la mer et la marine et, à ce titre, avait connu bien des aventures au cours de la 2° guerre mondiale. En juin 1940, il avait survécu miraculeusement à la destruction par les Stukas du torpilleur français sur lequel il était embarqué, puis à celle d’un autre bâtiment qui avait recueilli les rescapés. Soigné en Grande Bretagne où il avait été élevé, il avait continué à servir à bord d’un croiseur de la Royal Navy.
       Participant à la protection des convois dans les brouillards de l’Atlantique Nord, son bateau fut torpillé et, une fois encore, il fit partie des rares survivants. Le navire qui l’avait sauvé le déposa à Mourmansk où il connut, des mois durant, l’inhospitalité glaciale d’un quasi Goulag soviétique…
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       La chance qui lui avait tant souri pendant la guerre le quitta à la fin d’une carrière professionnelle d’abord bien engagée et il connut des difficultés pour finir de donner à ses 4 enfants l’éducation soignée qu’il avait lui-même reçue.
       En plus de l’affection qu’il leur témoigna et des Valeurs qu’il leur transmit, il représenta cependant pour eux un modèle de dignité, de droiture, de bonté et de courtoisie souriante.
       Ces précieuses qualités le rendaient très populaire à St Malo où il partageait sa retraite entre le service bénévole à la Cathédrale, sa famille… et son bateau.
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       Les années passant, il garda longtemps bon pied bon oeil mais la santé de son épouse s’altéra et elle dut être hospitalisée. Il allait la voir chaque jour mais il demeurait seul et subvenait courageusement à ses besoins quotidiens. Il était très aimé dans son quartier en raison de sa gentillesse, de son attention aux autres et de son sens de l’humour.
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       Il vient de mourir à la veille de Noël et l’annonce de son décès a donné lieu à des scènes touchantes. Ses enfants ont vu des commerçants pleurer. Ses voisins ont évoqué « sa grande classe ». Les vétérans de la Royal Navy étaient à ses obsèques avec leurs moustaches, leur fanion et leurs décorations.
       Le plus bel hommage qui lui ait été adressé est cependant venu des caissières de la Superette où il avait ses habitudes. Elles se sont cotisées pour mettre un bouquet de fleurs sur sa tombe...

       Croyez-moi, un geste simple comme celui-là en dit long sur la qualité de l’homme.

       En ce qui me concerne, je crois qu’il vaut plus que toutes les fanfares qui sonnent pour les grands dans la cour des Invalides.
Jean Delaunay

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