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La désagrégation morale de la société française

Nous jugeons intéressant de reproduire ici, 16 ans après sa parution, l’article écrit dans le Figaro du 5 décembre 1990, par Maurice Allais, prix Nobel d'économie.
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La désagrégation morale de la société française

      L'effondrement du système totalitaire dans les pays de l'Est et en URSS ne saurait masquer les risques de désagrégation morale qui menacent notre propre société, et qui, si nous ne réussissons pas à y faire face efficacement, peuvent compromettre décisivement notre avenir.
      Quels sont ces risques et quels en sont les facteurs déterminants ?

Ce sont essentiellement l’égalitarisme, une formation insuffisante et inappropriée de la jeunesse, l'influence démoralisatrices de la télévision, l’instabilité sociale résultant d'une immigration massive déraisonnable, le développement accéléré de la violence, de la criminalité et de la drogue, une démagogie démesurée, une régression générale des valeurs morales, l'incompréhension, enfin, des conditions économiques et éthiques qu'implique une société humaniste et libérale.
     Ces facteurs nous font courir des risques majeurs, risques qui sont généralement tout à fait sous-estimés par l'opinion publique, les médias et les responsables politiques.

     Tout d'abord, une mythologie égalitaire devient partout dominante. Elle part d'un postulat, le postulat de la nécessaire égalité qu’impliquerait la justice sociale. Le corollaire en est le refus de toute inégalité, de toute sélection et de toute hiérarchie, conditions cependant indispensables au fonctionnement de toute société
      En fait, la revendication de l’égalité, lorsque les capacités et les services rendus sont très différents, se réduit à une mythologie irréalisable et finalement nocive pour tous.
     C’est ensuite une formation insuffisante et inappropriée de la jeunesse. Depuis des années, quelles que soient leurs tendances, les gouvernements successifs ont été fascinés par les investissements physiques dans tous les secteurs de l’économie, investissements considérés comme les plus importants et prioritaires. Cette politique a reposé sur une erreur fondamentale. De tous les investissements en effet, c’est l’investissement humain qui, de loin, est le plus important, et en tout état de cause le plus nécessaire, car sans lui, rien n’est réellement possible.

L’enseignement
     La première conséquence de cette doctrine est qu’à tous les niveaux de l'enseignement, primaire, secondaire et supérieur, ceux qui ont la charge de former les jeunes sont mal payés, moins bien payés, à capacités égales, que les salariés et les cadres de l'industrie et du commerce. Cette disparité de rémunération a entraîné une fuite des élites vers les secteurs industriel et commercial, au détriment du secteur de l'enseignement, et par voie de conséquence, un abaissement général du niveau de qualité d'une grande partie de cet enseignement. Le refus de la sélection ne fait qu'aggraver cette situation. Des masses d'étudiants sont amenées à suivre des enseignements qu’ils sont réellement incapables de suivre et d’assimiler.
      La seconde conséquence de cette doctrine a été une insuffisante réflexion sur la finalité de l'enseignement. En fait, cette finalité ne saurait se limiter à la transmission du savoir abstrait ; elle devrait également se rattacher au concret ; elle devrait aussi, et sans doute surtout, former des hommes et des femmes de caractère, conscients non seulement de leurs droits mais également de leurs devoirs.
      Certains remèdes me paraissent évidents : l'obligation pour tous d'apprendre un métier manuel dans l’enseignement secondaire et supérieur : la pratique des sports, et tout particulièrement des sports dangereux, impliquant un développement de la volonté, du courage et de la maîtrise de soi.
     En tout cas, la formation de la jeunesse ne pourra être efficace que si elle est fortement décentralisée et, pour une large part, privatisée. De toute évidence, elle implique également un enseignement civique.

Télévision pervertie
     C’est encore la télévision dont les effets pervers sont généralement tout à fait sous-estimés. Non seulement le son et image supplantent de plus en plus la lecture seule réellement formatrice et porteuse de culture, mais, quelle que puisse être la valeur exceptionnelle de certaines émissions, la télévision se maintient trop souvent à des niveaux de médiocrité et de vulgarité réellement atterrants.
     La violence, le crime, la pornographie deviennent des thèmes dominants des films de grande audience dont les héros ne sont trop souvent que des pervertis ou des criminels.
     Mais ce n'est pas là le seul danger. À de très nombreux points de vue, les maîtres de la télévision exercent de fait un pouvoir tout à fait excessif sans qu'existent réellement des contrepoids efficaces. Au fil des années, et d'une façon insidieuse, on transforme peu à peu le téléspectateur en sujet conditionné, dénué de toute culture réelle, voire même de toute moralité, pensant tous, plus ou moins, de la même façon et tout à fait mûrs pour soutenir demain des régimes totalitaires.

     Très significative de notre époque, un spectacle, aussi affligeant par sa médiocrité et sa vulgarité qu'apparemment très prisés par les téléspectateurs, est le Bébête Show où tous les dirigeants politiques quels qu’ils soient sont tournés en dérision.
     C'est là certainement par ses effets à terme, une des plus puissantes machines de guerre que l'on puisse imaginer contre la démocratie politique française.
     Que les responsables de ce spectacle s’en rendent même pas compte est tout simplement atterrant.

Immigration
     Les conséquences d'une immigration massive incontrôlée pourraient se révéler demain comme particulièrement désastreuses. Cette immigration est génératrice de ghettos, de misères de toutes sortes, et met en jeu des masses trop souvent inassimilables.
     Ce qui rend à la fois possible et souhaitable la formation d'une communauté européenne, est une certaine communauté de culture sous-jacente à nos diversités nationales. La communauté de cultures représente le ciment indispensable de notre vie en commun. Sans elle, rien n'est possible.
     Il en va de même de l'immigration. Elle ne peut être souhaitable, elle ne peut être acceptée que si ceux qui viennent s'installer dans notre pays sont capables de s'assimiler et s'ils en ont effectivement la volonté. Si cette double condition n’est pas réalisée, l'immigration ne peut que constituer un immense danger. (voir encadré)

Violence, démagogie
     Le développement accéléré de l’insécurité, de la délinquance, d'une violence aveugle, la criminalité et la drogue représente un des dangers majeurs de notre société. Pour une grande part, il résulte d'une fausse conception de l'humanisme qui en arrive à accorder plus de compassion aux casseurs, aux hooligans, aux criminels qu'aux victimes.
     Il résulte également de la part des responsables politiques d'un manque évident de caractère et d'une absence de sens réel de leurs devoirs. Pour redresser une telle situation, il nous faudrait des hommes ayant le sens de l'État, durs et exigeants vis-à-vis d'eux-mêmes et vis-à-vis des autres. De tels hommes existent. Encore faudrait-il les mettre en mesure d'agir.

Crise des valeurs
     Une démagogie démesurée risque de mener nos sociétés à la ruine. La sélection des hommes politiques par la démagogie conduit à une sélection à rebours. À part quelques exceptions éclatantes, le manque de courage politique devient la règle.
      Il n'y a d’ailleurs aucune limite à cette course accélérée vers la démagogie, car tout démagogue est condamné inévitablement à faire face, demain à plus démagogue que lui-même. Ici la recherche du vrai passe au deuxième plan : seul triomphe, en général, le désir effréné de séduire les foules par tous les moyens, et tout particulièrement par la langue de bois, les faux-semblants, l’hypocrisie et le mensonge. La vérité dès lors de vient inévitablement impopulaire.

      Partout se manifeste une régression des valeurs morales, dont une expérience séculaire a montré l'inestimable irremplaçable valeur. Le travail, le courage, l’honnêteté ne sont plus honorés.
      Que leurs droits soient justifiés ou non, trop de français, tout à fait inconscients de leurs devoirs de citoyens, n'hésitent pas recourir à des manifestations violentes au mépris total des intérêts de leurs concitoyens et des lois assurant l'ordre public.

     Qu’il s’agisse de l'économie, des sports ou de la politique, les « affaires » génératrices d'argent sale et de corruption, et leurs satellites, les faux en écritures privées et publiques, les abus de biens sociaux, les fausses factures, etc. ne cessent de se multiplier et de démoraliser, voire même de gangrener, tout le corps social.
      La justice elle-même devient une justice à deux vitesses où les représentants du peuple s'empressent de voter des lois d'amnistie leur permettant d'échapper à l'application des lois pour les crimes dont ils se sont rendus coupables.

     Enfin, et d'une manière générale, on constate, dans toute la société française, une méconnaissance totale des conditions qui impliquent le fonctionnement d'une société humaniste et libérale

Les règles oubliées
      Comme l'économie de marché est par essence incorruptible, les groupes de pression ne cessent d'entraver et de pervertir son fonctionnement pour promouvoir leurs propres intérêts. Partout apparaissent des revenus indus, générés par les fluctuations de la valeur réelle de la monnaie, la création monétaire de faux droits à partir de mécanismes du crédit, par des privilèges accordés à ses amis par le pouvoir politique, par la transformation des bourses de valeurs en véritables casinos, et leur perversion constante par des délits d'initiés, et par des marchés financiers d’où se dégage trop souvent des odeurs de pourriture.
     Partout également et d'une manière certainement paradoxale au regard de l'échec éclatant des économies collectivistes dans les pays de l'Est et en URSS, on continue à faire constamment appel à l'État pour mettre en oeuvre des politiques totalement incompatibles avec le fonctionnement d'une économie de marché décentralisée, fondement irremplaçable d'une économie humaniste.
     En fait une société libérale ne saurait s'identifier à une société laxiste, laisser-fairiste, pervertie ou manipulée. Elle implique un minimum de règles que l'État se doit de faire respecter et, qu'en tout cas, il doit lui-même respecter.

     Cette bien trop bref analyse ne montre que trop à quels dangers majeurs, et qui se renforcent les uns les autres, notre société est exposée et à quels efforts nous devons absolument consentir pour que nous puissions y faire face.

Un sursaut ?
      L'immensité des dangers auxquels nous sommes confrontés nous conduira-t-elle à une analyse lucide et à une action efficace ?
     Un sursaut réel de nos opinions publiques est-il réellement impossible ?
Une volonté et une clairvoyance de nos responsables politiques sont-elles réellement inconcevables ? On ne peut qu’hésiter à répondre affirmativement à ces questions tant sont grands les obstacles à surmonter.
     Mais, après tout, ne devons-nous pas faire nôtre la maxime forgée voilà 4 siècles par Guillaume d'Orange : « Point n’est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.»
     Quelles que puissent être les difficultés, quels que puissent être les dangers, le pessimisme de l'intelligence de doit pas exclure l’optimisme de l'action, car une pleine conscience des dangers à affronter, des objectifs à atteindre et des obstacles à surmonter ne peut qu'inciter à l'action et la rendre plus efficace.
Maurice Allais

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Le coût de l'immigration

      En tout état de cause, les raisonnements économiques justifiant l'immigration sont généralement tout à fait superficiels. C'est un fait que, dans les différents pays, le capital national reproductible et de l’ordre de quatre fois le revenu national. Il résulte dès lors que quand un travailleur immigré supplémentaire arrive, il faudra finalement, pour réaliser les infrastructures nécessaires (logement, hôpitaux, écoles, universités, infrastructures de toutes sortes, installations industrielles,) une épargne supplémentaire égale à quatre fois le salaire annuel de ce travailleur. Si ce travailleur arrive avec sa femme et trois enfants, l'épargne nécessaire sera égale à 20 fois son salaire annuel, ce qui, manifestement, représente une charge très difficile à supporter. C’est là une circonstance totalement négligée, et qui explique les difficultés rencontrées par la France dont les infrastructures de toutes sortes sont tout à fait insuffisantes et tout à fait déraisonnable au regard de l'immigration massive, qu'elle n'a admise et même favorisée depuis les années 70 et qu’elle continue à admettre aujourd'hui.
     En fait, ce sont les Français qui supportent presque totalement la charge directe et indirecte de cette insuffisante infrastructure. Quant au capital non reproductible, il n'est que trop évident que son montant par habitant ne peut que diminuer d'autant plus fortement que l'immigration est plus importante.
      Bien que l'opinion ne s'en rende généralement pas compte, la France est d'ores et déjà surpeuplée. Il y a donc lieu impérativement, d'une part, d'arrêter complètement l'immigration en provenance du tiers-monde et, au moins pour plusieurs années celle en provenance des pays de l'Est, et d'autre part, d'assurer le retour sans délai de tous les immigrés clandestins dans leur pays d'origine.
      En fait, une inconscience totale caractérise notre politique d'immigration. Ainsi, les allocations familiales ont été créées avec un seul objectif : enrayer autant que possible l’insuffisance de la natalité française. Mais étendre ce droit aux travailleurs étrangers et à leurs familles, en général prolifiques, est dénué de tout sens commun.
      Puis je ajouter ici que l'amalgame trop souvent effectué entre opposition à l'immigration, xénophobie, racisme et antisémitisme, repose fondamentalement sur une totale affabulation et une dangereuse mystification.
Maurice Allais

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